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Ces mots qui causent des maux dans le contexte de la massothérapie

20 septembre 2018  |   écrit par Xavier Jutras  |

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La douleur est un phénomène fort complexe qui va bien au-delà du simple « cause à effet ». Nous en avons notamment discuté dans cet article que je vous invite à relire. Simplement, la douleur est une expérience personnelle et subjective. Elle reflète le niveau de menace perçue par le système nerveux de la personne qui a mal.

C’est donc dire qu’à « blessure » égale, une personne dans un contexte davantage positif sera susceptible d’avoir moins mal que celle dans un contexte moins facilitant.

Comme l’humain accorde beaucoup d’importance au langage verbal pour interpréter et conceptualiser son environnement, le choix des mots n’est pas à prendre à la légère. En tant que thérapeutes, ce que vous direz pourrait potentiellement être retenu, et ce, contre votre client[1]!

Alors que tous connaissent l’expression effet placebo, plusieurs sous-estiment ou ne connaissent tout simplement pas son opposé : l’effet nocebo. Les mots que vous employez ont le pouvoir d’influencer positivement ou négativement la douleur ressentie d’un client, si bien intentionné soyez-vous[2][3][4][5]. Ce sont ces mots que la personne répétera par la suite. Les concepts qui seront retenus serviront à façonner sa réalité en fonction des sensations douloureuses vécues. D’où l’importance d’avoir les mots justes!

Voici donc une liste de quelques mots ou expressions qui reviennent fréquemment et qui pourraient avoir un effet nocebo dans une discussion entre thérapeute-client.

Mots et expressions

Normal et anormal

Le fait de parler de normalité indique souvent au client qu’il existe une sorte d’échelle quelconque dans laquelle il doit se trouver pour ne pas être considéré anormal. L’anormalité a une connotation péjorative et peut aussi être perçue comme une maladie, une exclusion du « club sélect des gens normaux », un dysfonctionnement, etc.

Conseil

Le mot normal peut être utilisé pour rassurer une personne qui, selon ses propres mots, craindrait d’être anormale. Aussi, il peut être utilisé dans un contexte où cela signifie : non menaçant. Dépendant du contexte, le mot normal pourrait être remplacé par n’importe quelle expression plus inclusive. Par exemple, on pourrait dire : c’est fréquent, c’est commun.

Exemple : « Non, Monsieur X, ce n’est pas dangereux que vos genoux craquent quand vous vous penchez. Bien que ça vous paraisse “anormal”, c’est une situation très commune. »

Exemple 2 (à ne pas faire) : « Y a quelque chose de pas normal à gauche ». On pourrait plutôt dire : « Je sens une différence à gauche par rapport au côté droit, est-ce que vous sentez une différence à la palpation ou quand vous bougez? »

normal anormal massothérapie blogue du Réseau

Fragile

La fragilité réfère à quelque chose qui peut briser facilement. On associe trop souvent, à tort, la douleur à une structure brisée. Il est habituellement question de sensibilité et non de fragilité. À moins qu’il soit question d’ostéoporose, on devrait se tourner vers d’autres mots.

Conseil

Une sensibilité accrue ou une hypersensibilité seraient des expressions davantage appropriées. Dès qu’un client utilise le mot fragile, assurez-vous d’établir clairement ce qu’il entend par ce mot.

Exemple : « Lorsque vous dites fragile en parlant de votre dos, est-ce bien pour désigner qu’il est enclin à faire mal à la suite de la moindre activité qui soit plus intense que d’habitude? Si oui, il serait plus approprié de dire de votre dos qu’il est très sensible et non pas fragile. C’est un peu comme avec les émotions. Si je vous disais qu’une personne pleure en écoutant le film Maman j’ai raté l’avion, on pourrait dire qu’elle est très sensible (!), mais on ne pourrait pas affirmer que cette personne est fragile. »

La fragilité massothérapie blogue du Réseau

Muscle faible

Le mot faible a une connotation péjorative et reflète rarement la réalité. Un muscle peut, par exemple, être fort sans toutefois contribuer de façon optimale au mouvement recherché.

Conseil

Que vous pensiez ou non que le muscle est trop faible selon vos standards, vous n’êtes pas obligé de le dire au client en utilisant ces mots. Essayez plutôt de teinter vos interventions de positivisme dans la mesure du possible.

Exemple : « Pour ce mouvement, votre muscle X pourrait probablement en donner plus. Pour l’instant, c’est le muscle Y qui travaille un peu plus fort, mais en pratiquant régulièrement tel mouvement, le corps va se réadapter pour que chacun fasse sa part. »

muscle massothérapie blogue du Réseau

Douleur et douleur chronique

Le mot douleur, croyez-le ou non, est à utiliser en modération. C’est un mot passe-partout quelque peu surutilisé, en ce sens qu’il ne fait pas la distinction entre la douleur, l’inconfort, la raideur ou la fatigue, pour nommer que ceux-là.

De son côté, le mot chronique peut avoir un effet insidieux sur la personne puisqu’elle sous-tend que la douleur est là pour y rester, comme si c’était une maladie incurable.

Conseil

À moins d’une douleur évidente et suffisamment grande pour faire grimacer la personne, adoptez le terme inconfort par défaut. Amenez la personne à définir de façon précise les sensations vécues.

Quant au mot chronique, on pourrait parler de douleur persistante, parce qu’elle ne fait pas référence au futur.

Exemple : Si votre client vous dit : « J’ai vraiment mal au cou en fin de journée au travail. » Vous pourriez lui demander : « Comment décririez-vous la sensation vécue quand l’inconfort survient? Est-ce que ça s’apparente à des tensions musculaires, des picotements, une sensation de couteaux, des engourdissements ou une autre sensation? À quelle intensité diriez-vous que cela se manifeste sur 10? »

Douleur vs douleur chronique massothérapie blogue du Réseau

Mauvaise posture

Le mot mauvais résonne dans la tête des gens. Il implique une faute, quelque chose à éviter. Or, le lien entre la posture et la douleur n’est pas aussi clair qu’on ne le croit[6][7].

Conseil

On peut corriger un mouvement ou une posture si la personne a mal lors du mouvement en question. Mais plutôt que de blâmer la posture, orientez vos mots de façon à ce que la personne recherche le confort plutôt qu’elle fuit la douleur. Aussi, invitez les gens qui travaillent assis à se lever de leur chaise fréquemment. Ce sera beaucoup plus pratique et concret que de leur dire qu’ils ont une mauvaise posture à corriger au travail.

Exemple : « Je comprends que votre posture vous inquiète suite au visionnement d’un vidéo YouTube portant sur le sujet, mais qu’il soit pertinent ou non, ce qui sera prioritaire dans votre cas sera de trouver un système vous obligeant à bouger et à vous lever au moins deux fois par heure lors de vos journées de travail au bureau. Quand vous aurez fait vos preuves avec ce système, nous pourrons réévaluer la situation. »

Mauvaise posture massothérapie blogue du Réseau

Disques usés ou finis

Dans l’esprit des gens, des disques intervertébraux usés ou finis correspondent au début de la fin, à une condamnation à vie. Plusieurs clients prennent le soin d’amener une copie de l’analyse de leur IRM pour « prouver » leur diagnostic. En réalité, cette croyance pose problème à partir du moment où le client pense qu’il doit se limiter dans ses activités à cause de cette infâme usure.

Conseil

Il serait judicieux d’éviter les termes qui ont une connotation trop « grave », d’encourager le client à bouger et de le rassurer que l’usure n’est pas quelque chose qui devrait le restreindre dans ses activités. Aussi, vous pouvez rappeler à votre client qu’il n’est pas comme une voiture, en ce sens que le corps est non seulement capable de se régénérer, mais il est aussi capable d’adaptation.

Exemple : Si votre client vous dit : « Mon arthrose m’empêche de courir plus de 30 minutes de suite. », vous pourriez lui répondre : « Pourquoi ne pas essayer 10 minutes et voir ce que ça donne. Si l’expérience est positive, vous pourriez augmenter la durée de vos séances graduellement. »

Mal de dos massothérapie blogue du Réseau

Éviter des mouvements

Si, comme thérapeute, vous diabolisez des mouvements spécifiques, cela peut engendrer la peur chez le client d’effectuer ces mouvements. Cette crainte de bouger entraînera le client dans un cercle vicieux. En évitant ces mouvements, il sera moins apte à les faire convenablement, ce qui confirmera ses peurs, etc.

Conseil

Visez un discours positif où la personne sera encouragée à bouger pour augmenter sa résistance et son endurance et pour diminuer sa sensibilité.

À moins de grossières exagérations, tout mouvement est bon. L’objectif en général est de conscientiser la personne dans ses mouvements et de l’amener à augmenter sa capacité graduellement pour effectuer n’importe quel mouvement.

Exemple : Un client grimace avant même de lever son bras plus haut que les épaules. Votre objectif sera de le conscientiser sur ce fait tout en l’encourageant à recommencer le mouvement aussi loin qu’il peut en respectant la consigne sans douleur. Généralement, réduire la vitesse du mouvement aidera la personne à se réapproprier le mouvement sans douleur.

Éviter des mouvements blogue du Réseau

Au-delà des mots spécifiques

Dans la même lignée, toute approche centrée sur VOS bienfaits et qui exclut le client de la solution risque de modifier négativement sa perception. Rappelez-vous toujours que sa douleur est issue de l’interprétation de SON système nerveux. Vous devez l’impliquer dans un rôle majeur pour avoir un maximum d’impact positif.

Par exemple, si vous insinuez :

  • Que la personne a besoin de venir vous consulter un minimum de X fois;
  • Qu’elle risque de se blesser de nouveau si elle ne revient pas;
  • Que la technique manuelle que vous employez est la meilleure,

vous n’êtes pas en train d’écouter votre client. Pire encore, vous lui insinuez, à tort, que la solution passe par vous et non par lui. Le problème, c’est que ça ne met pas en valeur le pouvoir de s’autoaider. De plus, ça met automatiquement la personne en faute si elle ne respecte pas le « protocole ».

Conseils

Prenez plutôt le temps d’écouter votre client. Posez des questions pour mieux comprendre sa douleur mise en contexte.

  • Aidez le client à mieux définir les caractéristiques associées à son inconfort.
  • Questionnez-le à savoir si ses activités quotidiennes ont changé depuis.
  • Questionnez-le sur ce qu’il ferait de plus, selon lui, s’il n’avait plus mal.
  • Cherchez à comprendre ce que sa douleur représente pour lui, surtout si elle est récurrente ou persistante.

Éduquez-le vers une approche proactive centrée sur lui avec lui en son centre.

  • Veillez à ce qu’il bouge avec curiosité plutôt qu’avec crainte.
  • Bâtissez sur des concepts qui se veulent positifs et inclusifs plutôt que de chercher à faire éviter des mouvements et à faire planer des risques de blessures.

Avec les formats de rencontre de 60 et 90 minutes favorisant la détente et donnant du temps pour communiquer, les massothérapeutes ont un énorme potentiel bienfaisant. Inutile d’avoir des complexes parce que vous n’avez pas pu suivre la dernière formation nec plus ultra de massothérapie avancée. Il est accessible pour tous de savoir écouter et d’avoir une approche axée sur le positivisme et l’encouragement à bouger. Imaginez. Vos clients pourront bénéficier d’un double effet : celui de vos mains et celui résultant de vos bons mots!

Vous avez des exemples à nous partager où les mots que vous avez employés ont fait une différence majeure (positive ou non!) pour votre client? N’hésitez pas à nous en faire part dans les commentaires au bas de la page ou sur la page Facebook du Réseau.

D’ici là, bons soins!

[1] Leonie Kobana,∗, Marieke Jepmac,, Stephan Geuter, Tor D. Wager, What’s in a word? How instructions, suggestions, and social information change pain and emotion, Neuroscience and Biobehavioral Reviews 81 (2017) 29–42, https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2017.02.014

[2] http://onlinepdfcatalog.com/c/cas.umt.edu2.html

[3] Christian Büchel,* Stephan Geuter, Christian Sprenger and Falk Eippert, Placebo Analgesia: A Predictive Coding Perspective: Neuron 81, March 19th, 2014, https://doi.org/10.1016/j.neuron.2014.02.042

[4] Ulrike Bingel et Irene Tracer, Imaging CNS Modulation of Pain in Humans, PHYSIOLOGY 23 : 371–380, 2008, https://doi.org/10.1152/physiol.00024.2008

[5] Tor D. Wager  & Lauren Y. Atlas , The neuroscience of placebo effects: connecting context, learning and health, Review Article, Nature Reviews Neuroscience volume 16, pages 403–418 (2015)

[6] Grob, Frauenfelder et al. (2007), The association between cervical spine curvature and neck pain. Eur Spine J. 2007 May; 16(5) : 669–678. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2213543/

[7] Lederman (2010) The fall of the postural–structural–biomechanical model in manual and physical therapies: Exemplified by lower back pain. CPDO Online Journal (2010), March, p1-14. http://www.cpdo.net/Lederman_The_fall_of_the_postural-structural-biomechanical_model.pdf

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Diplômé de l’Université Laval en kinésiologie en 2005, Xavier Jutras a décidé d’ajouter une nouvelle corde à son arc en 2014 en entamant une carrière parallèle en massothérapie. Maintenant en voie de devenir orthothérapeute, il pourra ainsi gérer les bobos de ses clients tout en s’assurant de les guider dans leur processus de réhabilitation. Doté d’une infatigable curiosité, il fait des lectures quotidiennes sur le sujet afin de rattraper « le temps perdu ». Son but : apprendre, bien comprendre et, surtout, faire le tri de l’information de façon à pouvoir mieux informer par la suite. Déjà rédacteur pour le blogue "Je me prends en main", il a offert ses services au Réseau dès qu’il en a eu la chance parce qu’il adore pouvoir transmettre sa passion en enseignant ou en écrivant. Fan invétéré des massages, il se donne comme mandat de rester neutre du mieux qu’il peut pour donner l’heure juste quant aux connaissances actuelles acceptées par la communauté scientifique. Bien qu’il possède un intérêt très marqué pour le monde du sport, il s’intéresse également aux bienfaits psychologiques que peuvent apporter l’activité physique et la massothérapie. Ces deux domaines, à la fois préventifs et curatifs, sont intrinsèquement liés et constituent, à son avis, le chemin le plus sain et le plus efficace pour atteindre le niveau de bienêtre que vous souhaitez.

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